LES ATTRAITS POUR LES BIJOUX EN ARGENT
Au Maroc, l’argent, en tant que métal précieux, présente des attraits très différents pour les femmes, selon qu’elle vivre en ville ou dans les régions rurales. Les citadines l’ont toujours tenu en faible estime : l’acquisition de bijoux en cette matière ne se justifiait qu’à cause de leur prix plus abordable. Il y a 30 ou 40 ans encore, ont trouvé dans les magasins des villes un choix assez grand de pendentif, de collier de bracelets, de bagues, de boucles d’oreilles et de ceinture en argent. Les musées nous ont montré des cheveux hier, des boucles de ceinture, les bracelets d’argent citadins plus anciens, et admirablement travaillés. Mais parmi tous ses bijoux, certains ont disparu, et, comme on l’a vu, les autres sont en principe désormais entièrement dorés, ce qui cache leur véritable nature.

Bracelets n argent du Maroc
La fabrication de bijoux d’argent citadins se poursuit actuellement à Essaouira, où la technique du filigrane se maintient tant bien que mal, à côté d’une production de bijoux copiés sur des modèles africains ou d’importation plus lointaine.
L’orfèvrerie d’Essaouira, dont les ouvrages furent si renommés, est un cas particulier dans le pays. La ville a été créée de toutes pièces entre 1760 et 1764 sur une décision du sultan sidi Mohammed Ben Abdallah, pour devenir un port de commerce international. Afin de la peupler, on fit appel à des groupes de populations de différentes régions du royaume, auxquels s’adjoignit progressivement une forte proportion de juifs d’horizons divers, négociants et petits commerçants et artisans. La caractéristique de cette vie et de n’avoir aucun passé culturel propre antérieur à la fin du XVIIIe siècle. Par ailleurs, la grande majorité des artisans bijoutiers du XIXe et du XXe siècle jusqu’aux années 70 était naturellement des juifs .
Le souk d’Essaouira devrait fournir des parures à des habitants des plaines voisines et de l’atlas, ou de plus loin encore, comme le laisse penser un article consacré à « la corporation des bijoutiers de Mogador » en 1937, qui mentionne le travail du nielle et des émaux. Mais la clientèle la plus importante était constituée par la bourgeoisie juive locale, et les citadins de quelques autres villes qui avaient atteint de la renommée d’habiles artisans du cru. Ceux-ci réalisaient essentiellement des bijoux d’or, et leur clientèle de négociants en relations avec l’étranger les avait incités au cours du XIXe siècle à s’inspirer de modèles venus d’ailleurs.les caractéristiques des bijoux d’or desservira résider donc surtout dans les techniques employées, un type de ciselures reconnaissables et un filigrane délicat.
L’attraction irrésistible qu’exercer Casablanca, en plein développement, ainsi que d’autres villes, comme Agadir, a provoqué dès la première moitié du XXe siècle le déclin d’Essaouira. Le passage de la ville au rang de simple port de pêche, pittoresque mais trop excentré, a fait régresser d’année en année la production de bijoux. Le filigrane, dont la réalisation minutieuse et gourmande de temps pour des objets légers, ne se fait plus guère qu’en argent depuis au moins un quart de siècle, et n’est utilisé que pour la réalisation de bracelets minces, de petites boucles d’oreilles et de quelques ceintures. Ces parures délicates sont exposées dans les charmants souks aux bijoux de la ville, identique à lui-même à travers toutes les mutations, avec ses allées bordées de boutiques dont les façades sont carrelées de faïence et les boiseries peintes d’un bleu lumineux.
Les bijoux d’argent rencontrent une tout autre considération dans le monde rural et montagnard ; encore faut-il faire une distinction entre les populations concernées. On constate dans les bijoux de certaines d’entre elles une nette influence de la ville la plus proche, quand cette ville a des caractéristiques marquées, soit dans les formes de bijoux, soit dans des techniques préférentielles. Des fibules anciennes de la région d’Essaouira ont des décors floraux, et parfois des rehauts de dorure, qui marque l’influence de la ville sur une parure en principe rurale.

Bijoux en argent au Maroc, artisans et mellah
De même dans le pays zaïanne, dont la principale agglomération marchande est Khenifra, sur la route menant de Fès et Meknès à Marrakech, des bijoux de poitrine adoptée par les femmes berbères ont été à une certaine époque ornée des mêmes émaux champlevés que les bijoux des citadines de Meknès. Dans les plaines au pied de l’atlas et sur les contreforts montagneux proches de Marrakech, il ne semble pas y avoir eu anciennement de parures caractéristiques.la population féminine possédait des bijoux de formes citadines, mais réalisé en argent, et parfois de factures un peu négligée ; des ferronnières, des boucles d’oreilles, qui devaient donc être proche de celles portées dans le menu peuple de Marrakech, ont fait les beaux jours des vallées qui descendaient sur le Haouz, de l’Ourika au Nfis.
Quant au groupe berbère installé à l’intérieur des massifs montagneux du haut atlas, du moyen atlas et du rif, ils ont été de tout temps indéfectiblement attachés aux bijoux d’argent, sans même une trace de dorure, comme leurs cousins du sud de l’atlas. Il ne s’est jamais effet chez eux de bijoux d’or, et on attribue cette préférence exclusive aux vertus bénéfiques reconnues à l’argent ; à cause de sa couleur blanche, ce métal serait un symbole de pureté et posséderait un pouvoir protecteur contre le mauvais œil.
La gamme des techniques employées n’est pas très étendue ; le moulage a permis de réaliser les bracelets assez lourds qui étaient très fréquents, ainsi que les fibules. Les parures de tête et de poitrine étaient en général des assemblages de plaquettes décorées ; dans les modèles anciens on observe l’emploi de nielle et parfois d’émail champlevé, ainsi que d’un décor de filtrer simple, encore plus rare. L’abandon précoce du travail de plaquette a abouti à leur remplacement par des pièces de monnaie, cousues sur des bandeaux ou reliés par des anneaux ou des chaînettes pour orner de têtes et poitrines. Un peintre naïf a représenté un groupe de chanteuses du moyen atlas sur la façade d’un théâtre forain qui circulait il y a une trentaine d’années dans cette région ;il a parfaitement su rendre l’image des parures dont devait se satisfaire les femmes déjà à cette époque : les bijoux demeurent importants mais il comporte un grand nombre de monnaies. Les diadèmes et pectoraux décorés que montrent les collections doivent remonter au moins aux premières décennies du XXe siècle.

Bijou en argent partiellement doré. Les fibules moulées sont reliées par des chainettes comportant des éléments en olives pleines dorées. Aux fibules sont suspendues des pendentifs ouvrants en forme de pyramides ciselées.
Cela explique la rareté des documents photographiques qui en auraient illustré le port, dans les régions encore à l’écart des investigations. Ces parures demandent donc un effort d’imagination, qui trouve sa récompense dans la beauté même des pièces que leur inventaire permet de découvrir.
Le seul document relativement ancien sur l’orfèvrerie berbère établie dans la partie du Maroc du Nord sous protectorat français concerne la région de Taza en 1928 ;il apporte une riche moisson d’informations sur le travail de l’argent, les différents types de bijoux et même le comportement des femmes du moyen atlas vis-à-vis des parures. L’article commence par la citation d’une jolie sans son Aït Youssi qui disait : « les femmes de la montagne arrivent sur le souk, et leur bijoux d’argent teinte à chaque pas » ; on entend au même instant s’animer tous les bijoux aux nombreuses pendeloques qui sont figurées dans les planches, collier, parure de front ou de temples, boucles d’oreille. Quel vacarme s’élève de ses dessins vénérables ! Mais, in fine, on apprend que les bijoux décrits dans les études sont de fabrication ancienne, que les jeunes femmes n’en veulent plus, et, comme dit l’auteur avec drôlerie, que « seules quelques beautés du temps jadis les exhibent encore, ce qui excite souvent au cours des fêtes berbères la verve des chanteurs d’ahidous »dont certains ne sont pas tendres…
Causes ou conséquences de ce désamour, les orfèvres juifs supposaient nieller les parures en sont à leur deuxième génération de succédanés ; après avoir remplacé le nielle par la résine noire d’un genévrier, ils se sont mis à acheter en ville des laques synthétiques.et pourtant, dans les collections, on trouve assez souvent d’écoliers ou des éléments isolés à suspendre dont les ciselures sont remplies de nielle véritables : il faudrait donc leur accorder automatiquement un siècle d’existence ou moins On arriva la même conclusion quand on se penche sur les lieux de fabrication de bijoux de la région de Taza. Les artisans étaient de Séfrou, une petite ville proche de Fès,, compter bout de temps israélites dans un mellah déjà recensée au XVIe siècle, et d’El Mers, où le mellah fut fondée à la fin du XVIIIe siècle en pleine montagne dans la tribu des Aït Sehrouchen. Dans ce dernier village survivait en 1928 la mémoire d’un artisan réputé qu’il était venu vers 1860 et, avaient travaillé aussi pour les tribus voisines. On peut donc attribuer valablement au XIXe siècle tous les bijoux de bonne qualité connue sous le nom de parure des Aït Sehrouchen, du nom du groupe berbère dont le territoire était la plus vaste extension dans la région. Mais l’ancienneté de la Belle Époque des bijoux dans l’espace d’une aura classe et peut-être une des clés des énigmes que constituent certains bijoux non localisables actuellement. Il y a ainsi un bon nombre de fibules qui ont été disponibles sur le marché pendant une dizaine d’années, qui sont présentes dans les collections, et qu’on ne peut attribuer avec certitude à aucun groupe. Il suffit que leurs portes soient oubliées depuis le début de ce siècle pour qu’il devienne impossible de les situer avec précision.
D’ailleurs, une des caractéristiques de l’orfèvrerie au nord du haut atlas et le petit nombre de paru réellement spécifique d’un domaine déterminé. Il existe des ressemblances manifestes entre les bijoux appartenant à des populations relativement éloignées géographiquement, En particulier parmi les bijoux moulés, fibules et bracelets. C’est dans le même article qu’une raison évidente de ce cousinage est énoncée. Dans le moyen atlas, les fibules ne sont pas particulières à la région (les modèles viennent de Feyzin corrigeait Fès et de Meknès) mais été reproduite par les artisans de la montagne. Et, plus loin, les bracelets de la région sont des reproductions de modèles de Fès et de mode Meknès. L’influence considérable de Séville pouvait tout aussi bien se faire sentir vers le nord. On se rappelle la clientèle berbère dans le souk de Fès ; il faut aussi tenir compte de la mobilité des artisans bijoutiers juifs. Une quart de la répartition des communautés juives dressées en 1947 montres une poussière de petits mellahs dans le moyen atlas, le pré rif et les plaines qui les séparent. Le tissu en est encore assez dense dans le rif oriental ; il faut naturellement y ajouter la présence quasi générale d’un quartier juif dans toutes les agglomérations d’une certaine importance. Beaucoup de mellahs comportaient des bijoutiers dans leur population, parmi les artisans de toutes sortes, forgeron, ferblantiers, savetiers ou chaudronniers qui y tenaient boutique. Celle du bijoutier était avant tout un atelier, riche d’une poignée d’outil rustique, où les artisans et son apprenti, s’il en avait un, assis sur des nattes, martelaient, découpaient, ciselaient l’argent sur une petite enclume ou un trépied bas. Un foyer de braises convenablement avivées suffisaitpour faire fondre le métal dans un creuset, d’où il était versé dans un moule à bijoux ou une lingotière. L’aspect de ses ateliers primitifs n’a pas dû se modifier pendant des décennies, le travail de l’argent étant une question de savoir faire plus que d’outillage.
Comme le matériel nécessaire était un faible encombrement, nombre d’artisans se déplaçait pour offrir leurs services ; c’était par exemple le cas dans les Jbala et le rifou les bijoux sont confectionnés sur place par des israélites venus du pays berbère sous l’autorité du sultan qui vont et vienne dans la montagne, oeuvrant pour le compte de ce qui les emploie. La production a donc pu subsister jusqu’au départ des juifs dans les années 60. Mais la désaffection précoce signalait auprès de Taza marquer l’ensemble des régions berbères, la demande avait diminué, et ce n’est pas un hasard si aucune relève ne s’est présentée pour remplacer les artisans qui ont émigrés.il y a là une différence notable avec ce qui s’est passé au sud-est du haut atlas, où les artisans juifs ont eu aussi pendant des siècles le monopole de leur favori ; après leur départ un certain nombre de bijoutiers musulmans se sont installés dans les vallées, du Tafilat à Taliouine.
Pour présenter les bijoux ruraux entre atlas et Méditerranée, il sera nécessaire d’opter pour des regroupements selon les critères qui ne seront pas forcément géographiques, puisque certains bijoux sont très ubiquistes et que pour d’autres la localisation probable résulte de la discussion d’indices parfois ténus. Quelques régions fards étudiants premiers permettant de mettre en place les pièces irrécusables éventuellement les techniques locales dont elles sont le support.













You must be logged in to post a comment.