Contrairement aux anneaux de cheville ou aux diadèmes, dont le déclin suit celui du costume traditionnel, les bracelets anciens perdurent.
Les modèles traditionnels, très nombreux, se sont enrichis d’une multitude de formes créées sur place ou importées.
Les bracelets vont du simple fil d’or ou d’argent, recourbé en cercle, au large cylindre ouvert, finement ciselé, sans oublier les fradi de Tunis, en or et pierres précieuses, apprécié aussi par les bourgeoises des grandes villes.
Les schnacken, chkarek, slouk ou semaine, généralement portés en nombre impair (trois ou sept), reste toujours d’actualité. En argent, fabriqué en série selon un procédé mécanique, ou bien en or, ils sont confectionnés sur commande selon les goûts. Toujours facile à porter,
ils font office de bijoux de base, à la ville comme à la campagne.
Il en va tout autrement des bracelets régionaux, ou plus massif, qui joue le rôle de véritable référence identitaire. Les planés d’argent, façonné en un cylindre haut de 2 à 15 cm, pour stimuler la créativité des orfèvres. Sur leur surface lisse et brillante partagée en registre par des moulures en relief, ceci ont ciselé de véritables « natures mortes », où les poissons porte-bonheur et les colombes messagères de l’amour se mêlent à une végétation luxuriante.
Les plus larges parmi ses bracelets (par exemple le deblej, de 15 cm et demi, avec décorations ciselées, organisée en registres délimités par des moulures) se rencontrent à Kerkennah ,tandis que les plus finement travaillés proviennent des régions de Medenine et de Tataouine, autrefois approvisionnés, entre autre, par Moushi Ennemni ,le « Picasso tunisien »,
un des plus célèbres bijoutiers de la première moitié du XXe siècle, en particulier remarqué pour ses fibules.
Si les planés se distinguent souvent par la délicatesse de la ciselure, les hdida de Gabès et les deblej de Guellala se caractérise par l’importance de leur poids. En argent massif moulé, l’un présent une section rectangulaire, tandis que celle de l’autre à la forme d’un triangle.

Moqyès (à gauche), bijou rural très répandu. Bracelets en argent 3,6 cm de largeur et six et 8 cm de diamètre. Debley (à droite) Guellela du XXe siècle bracelet en argent de 3 cm de large et 6,2 cm de diamètre.
De bracelets de Guellala diffèrent totalement des modèles des autres villages de l’île. Jerba abrite depuis toujours une communauté de bijoutier fort active, réputé pour le travail du filigrane et des émaux. Ainsi les jerbiennes possèdent-elles une gamme de bijou particulièrement original, composé de bracelets ornés des mots ou travailler en filigrane soit ajourées soit à fond plein.
La propagation des hdida, jlita, nbila bracelets moulés à ce jour, en or ou en argent doré et non doré, marque le déclin des modèles régionaux. Toutes les régions les ont adoptés pendant un temps, puis les ont abandonnés au profit des multiples fradi, d’un à 2 cm de large, fabriqué en série à Tunis, Sfax ou houmt Souk.

Hdida, bracelets du sud tunisien datant du début du XXe siècle en argent de 8 cm de largeur et de 6,3 cm de diamètre
Aux parures locales, les bourgeois les grandes villes préférées bijoux de la capitale en or rehaussé de pierres précieuses. Ainsi des hlagem , Bordeaux d’argent ajouré doublait d’or est garni de pierres précieuses, qui sont les plus anciens modèles de bracelets connus à Tunis, et qui reste toujours de mise à Mahdia.

Hdida (sing.) Hdayed (plur.) de Jerba datant du XXe siècle Bracelet en argent et tout orné de filigrane
Les fradi garnina ou bezzaz, un moment démodées, connaissent un regain d’intérêt et trône de nouveau dans les vitrines des bijoutiers les plus huppés auprès de leurs rivales, dessinées par les joailliers européens.
Les bracelets, comme l’ensemble des bijoux tunisiens, connaissent une évolution fluctuante. Démodés, enfouis au fond d’un coffre quand ils échappent par miracle au creuset de l’orfèvre, il se retrouve parfois, grâce à l’intervention de quelques nostalgiques touchés par une forme massive ou un dessin énigmatique, revêtus de l’aura des choses anciennes, ils réoccupent alors une place de choix dans les vitrines des bijouteries à la mode.

Chnachem, Bracelets très répandus. Tunisie XXème siècle en Or. Diamètre 6,5 cm, largeur de 0,2 à 0,4 cm























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